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07/03/2019
a la decouverte d'I Muvrini

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i-muvrini

I Muvrini est un groupe de musique corse fondé à la fin des années 1970 par deux frères : Jean-François et Alain Bernardini, mêlant avec brio chants traditionnels
et musique contemporaine, et puisant leur inspiration des inégalités et conflits
dans le monde.

 

 

Groupe volontairement engagé, I Muvrini continue de diffuser à travers son dernier et vingtième album intitulé Luciole les valeurs d'humanisme, de diversité culturelle, de non-violence et de respect de l'environnement qui lui sont chères, et que le groupe défend et promeut également à travers sa fondation Umani.

C’est avec beaucoup de plaisir et de curiosité que nous sommes allés à la rencontre de Jean-François Bernardini, chanteur et fondateur du groupe avec son frère Alain, pour évoquer les motivations qui ont inspirées cet album entre tradition et modernité.

“Notre rôle d'artiste est d'être à la hauteur des interrogations du monde”
évoque Jean-François Bernardini avec conviction.

Votre engagement pour défendre des valeurs d’humanisme et de tolérance ne se limite pas à prendre la parole à travers vos chansons : qu’est ce qui a motivé la naissance de la fondation Umani ?
Jean-François : " La Corse a connu des périodes de fortes perturbations, “mieux vaut mourir que tuer”, entendait-on au village. La Corse de la matrice rurale vous apprend très tôt le socle de la non-violence à travers l'empathie, la mutualité, le don. Le respect de l'arbre, de l'animal, de la fontaine donne une colonne vertébrale. La société est contaminée par la propagande quotidienne de la violence. Il faut chercher une troisième voie en se demandant comment lutter avec des moyens nobles. "

Comment vous y prenez-vous justement pour véhiculer ces notions de pacifisme ?
Jean-François : " Il s'agit d'abord de refuser l'hégémonie de la violence, puis de trouver des moyens nobles de gérer les conflits. Cela passe par la non-violence éducative, qui est enseignée dans toutes les universités du monde, sauf en France. Mais nous nous efforçons de rattraper le retard. Aujourd'hui, il existe des modules de non-violence à l'IUT de Saint-Denis, dans des clubs de football... Pour ma part, j'ai donné 380 conférences sur le sujet à travers la France et en Suisse. "

Comment vous-êtes vous formé à la non-violence ?
Jean-François
: " Il n'existe pas de formation type. Je m'y suis intéressé très tôt en autodidacte, puis j'ai décidé d'agir et de porter ça sur la place publique pour que la non-violence devienne un outil aussi disponible que les armes dans le monde d'aujourd'hui. Je me définis comme un petit électricien : je propose de débrancher la prise et de la brancher ailleurs. On a longtemps cru à un grand mensonge consistant à dire que l'homme est violent par nature. Aujourd'hui, les neurosciences prouvent le contraire. La violence est une violation de la nature humaine. "

Avez-vous le sentiment de faire évoluer les mentalités ?
Jean-François
: " Apparemment oui, puisque les amphithéâtres dans lesquels j'interviens sont remplis de gens qui passent 2h sans toucher leur portable et me disent ensuite : Vous avez tout changé dans ma tête. "

Actuellement en tournée pour votre dernier album, en profitez-vous pour sensibiliser votre public à la non-violence ?
Jean-François
: " Bien sûr. Tout artiste est un éveilleur de conscience. La non-violence vient faire bouger les choses à l'intérieur de soi, faire éclater les préjugés que nous avons. Notre rôle d'artiste est d'être à la hauteur des interrogations du monde. Nous sommes fatigués d'entendre de la musique décorative. Les gens ont soif de contenu et de lumière. "

Venons-en à la lumière, justement... Votre dernier album s’intitule Luciole, pourquoi ?
Jean-François
: " Le terme 'Luciole' évoque la lumière et la résistance, dans ce monde qui éteint et vole tellement de lumières... Comme disait Pasolini, “On va t'apprendre à ne pas briller mais toi, brille quand même”. Les chansons Ma sœur musulmane, Alep, ou encore l'hymne à la langue corse ainsi que le duo avec la chanteuse syrienne Lena Chamamyan montrent notre inquiétude et notre envie de faire de la musique vivante, qui traverse les cœurs. Le titre Beauté fatale dénonce le problème de la Corse d’aujourd'hui : certains pays ont la malédiction du pétrole, la Corse à celle de la beauté. Tous les enjeux actuels sont dans l'accès à cette beauté. Quant à la chanson Ses enfants sur l'eau, elle évoque les images de migrants qui nous écorchent le cœur. "

Depuis la constitution du groupe à la fin des années 1970, la Corse a beaucoup changé. En quoi vos albums sont-ils représentatifs de cette évolution ?
Jean-François
: " On ne se pose pas cette question. En revanche, on se demande si notre art reste bien vivant et si nous sommes à la hauteur de l'époque que nous traversons. Quoi qu'il en soit, la plus belle manière d'être à la hauteur est de cultiver son talent. C'est à la fois exaltant et douloureux, car nous avons envie d'être virtuoses des émotions. Nous souhaitons sortir de la classe ‘folklore’. La Corse est un petit bout de la planète et a quelque chose de précieux à dire. "

Dans votre dernier album, vous chantez toujours en corse, mais aussi en français. Que pouvez-vous nous dire sur l'évolution de la langue corse aujourd'hui ?
Jean-François : " Ce qui nous importe n'est pas seulement la langue corse, mais la diversité. C'est le socle de la richesse du monde. Je viens de sortir un petit livret sur la langue corse intitulé Notre langue meurt, mais nous ne pleurons pas. La photographie du paysage que je fais risque de déplaire, mais la réalité est profondément douloureuse. Le linguicide n'est pas loin d'être arrivé à son terme. Aujourd'hui, la langue corse est transmise naturellement dans seulement 2% des familles. "

Nombre de vos chansons sont de véritables cris d’amour pour votre île. Quel regard portez-vous sur la Corse d'aujourd'hui ?
Jean-François : " Ce qui me dérange profondément, c'est que la vérité n'est qu'une hypothèse. C'est une opinion comme une autre. Dans un pays où les résidences poussent plus vite que les légumes, il y a de vrais questionnements à avoir. La vocation agricole et productive de la Corse est particulièrement malmenée. L'agriculture ne représente que 3% du PIB quand le tourisme en représente 30% ! C'est une Corse à l'envers. Nous allons mourir de soif à côté d'une fontaine. La société corse a besoin de retrouver ses lignes de force et d'affronter les problèmes de criminalité, de précarité et de transition écologique. Ce sont notamment ces raisons qui nous ont amenés à créer la fondation Umani. "

Quels types de projets soutenez-vous à travers la fondation ?
Jean-François : " Cela va de l'aide à l'installation d'un berger dans un village corse, à la sensibilisation à la non-violence dans un lycée, en passant par le soutien à un producteur bio dans le Cap Corse ou à des travailleurs amazoniens en plein cœur du Brésil. Notre prochain projet est de participer à Terre de liens Corsica afin de réaliser une alliance entre les citoyens et les agriculteurs ou les éleveurs pour pouvoir accéder à la terre. Ce qui nous passionne, ce sont les solutions. "

Vous avez développé un partenariat avec La Méridionale, qu’est ce qui a motivé cette association ?
Jean-François : " La culture d'entreprise de La Méridionale est cohérente, et c’est une compagnie qui envisage d'aller encore plus loin dans ses préoccupations écologiques. Le terrain est favorable pour cultiver des valeurs communes. Leur sensibilité à notre travail est évidente, et l'alliance du monde de l'économie et de la culture peut être gagnant/gagnant. "

Merci Jean-François d’avoir pris le temps pendant votre tournée de nous partager vos engagements et vos espoirs. Avant de retourner à vos répétitions, nous vous laissons le mot de la fin :
Jean-François : " Nous avons un merveilleux chantier devant nous, c'est ce qui est exaltant. Si on était déterminés à être à la hauteur, ce serait merveilleux. Si on changeait d'époque ? Si on décidait d'être à la hauteur des besoins des citoyens ? Les “droits de l'âme” que nous chantons dans notre dernier album, c'est ce qui nous porte. Nous sommes tous sur la même barque. "

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