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07/11/2019
1ere femme Commandant d’un navire pour la Corse

Entrevue avec Emmanuelle Jarnot


 

 

 

 

 

En 20 ans de carrière à La Méridionale, Emmanuelle Jarnot a su gravir tous les échelons jusqu’à devenir Commandant il y a 6 ans. Ce grade lui vaut le titre de première femme Commandant d’un navire mixte entre le continent et la Corse.
À travers cet échange, Emmanuelle nous parle de sa vie de marin, de mère de famille et de femme, lorsqu’on est
aux commandes d’un navire comprenant 550 passagers et près de 50 membres d’équipage.

Devenir marin, c’est en général un rêve d’enfant qui devient une vocation. Comment avez-vous su que vous souhaitiez vous lancer dans cette carrière ?
Emmanuelle : " Issue d’une famille d’amoureux de la mer, c’est un environnement qui m’a toujours impressionnée et attirée. Dès mon plus jeune âge j’ai su que, comme mon père, je finirai par être marin. Petite, j’allais à bord avec lui et je passais mes journées entières à poser des questions, à observer et à apprendre, curieuse du fonctionnement de ces gros bateaux. Il faut dire que mon grand-père arpentait lui aussi les mers à la recherche du poisson le plus gros. J’ai grandi dans ce milieu là et je m’y suis toujours sentie à ma place. "

Quelles études avez-vous suivies ?
Emmanuelle : " Il faut croire que depuis toujours, mon destin était d’être marin : j’habitais en face de l’école de la marine marchande ! Après un bac scientifique, j’ai tout naturellement poussé les portes de l’école.
La marine marchande, c’est une formation polyvalente d’une durée de 5 ans, elle est l’équivalent d’un diplôme d’ingénieur. Une fois l’école terminée, les officiers ont le choix de travailler au pont, ou à la machine selon leur préférence. Tout au long de la formation, on apprend à connaître les différents postes, les différentes missions
grâce à des stages de 2 mois environ. Je suis d’ailleurs partie au Japon entre ma 1ère et 2ème année, c’était magique.
Après cette formation, il est possible de naviguer à bord de différents types de navires : des pétroliers, des navires
de croisières, des navires de charge ou encore des navires de fret et de passagers. On ne s’ennuie jamais. "

Quel a été votre parcours en sortant de l’école de la marine marchande ?
Emmanuelle : " J’ai travaillé pendant un an chez Les Abeilles Internationales, une société qui était à l’époque spécialisée dans le remorquage de bateaux en haute mer. On faisait de la surveillance et on allait porter assistance aux navires qui avaient une avarie ou qui souhaitaient aborder.
Ensuite, je suis allée à l’IFREMER sur des navires océanographiques qui réalisent des recherches scientifiques
dans l’océan. Le personnel à bord est composé de marins et de scientifiques. À l’aide de sous-marins, ils récoltent
de nombreuses informations sur la vie subaquatique. Je m’occupais de la conduite du navire, parfois à la machine
et parfois à la passerelle. J’ai vraiment adoré cette expérience. Je suis enfin entrée en 1999 à La Méridionale
et j’y ai fêté mes 20 ans cette année. "

Quels sont les différents métiers exercés sur un navire de La Méridionale ?
Emmanuelle : " Un navire de La Méridionale est composé de 3 équipes : un service pont, un service hôtel
sur les navires ayant des passagers, et un service machine. Pour chacun d’entre eux il y a un officier en chef,
un assistant et le reste de l’équipage dont des élèves en stage. Mon rôle est de gérer ces trois services,
donc l’ensemble de l’équipage à bord du navire. Nous embarquons généralement pour un mois et nous avons ensuite un mois de repos. "

Comment conciliez-vous votre vie de femme, de mère et de marin ?
Emmanuelle : " Je suis mère de deux enfants de 18 et 13 ans. Lorsque je suis en mer, ils sont avec leur papa
et quand que je suis en repos, je les garde avec moi. Ce rythme de travail là me permet de profiter pleinement d’eux lorsque je suis à terre. En mer, il y a le téléphone et les réseaux sociaux qui nous permettent de se parler régulièrement. Enfant, mon père partait à l’époque 4 ou 5 mois et je n’en ai pas souffert. C’est un rythme de vie différent, mais tout aussi bien. Actuellement je suis détachée à terre pour une mission, je pars tôt le matin et je reviens tard le soir, nous avons peu de moments à nous. Quand on en parle, les enfants préfèrent lorsque je navigue ! "

Être la première femme Commandant, c’est un exemple pour d’autres femmes ?
Emmanuelle : " Mon grade et mon parcours peuvent en effet montrer aux femmes que ce poste n’est pas seulement réservé aux hommes. À l’école de la marine marchande, il y a beaucoup de femmes qui rencontrent leur mari pendant leurs études. Cela peut présenter un handicap pour concilier vie professionnelle et personnelle. C’est vrai qu’en étant deux à naviguer, je pense que c’est quasiment impossible !
À La Méridionale, être femme et avoir un grade n’est pas un problème. Il n’y a pas d’hommes ou de femmes à bord :
il n’y a que des marins ! "

Depuis votre nomination, est-ce que d’autres femmes en France sont devenues à leur tour Commandant
d’un navire ?

Emmanuelle : " À bord de La Méridionale, il n’y a pas d’autres femmes Commandant. En France, il y en a quelques-unes mais nous ne sommes vraiment pas nombreuses pour le moment. J’espère en rencontrer beaucoup plus dans les années à venir. " 

En ce moment, vous êtes détachée à terre pour une nouvelle mission, quelle est-elle ?
Emmanuelle : " Je suis en charge de la qualité, la sécurité, la protection de l’environnement et la santé au travail.
On est en train de développer une culture de sécurité individuelle et je participe au pilotage de ce projet.
Je ne connais pas la durée de cette mission, mais j’aime savoir que j’aurais la possibilité de retourner en mer.
Quand on est Commandant ou qu’on aspire à l’être, il est nécessaire d’effectuer également ce type de mission à terre pour appréhender les différents services de la compagnie. ”

Quels conseils donneriez-vous aux femmes aspirant au métier de marin ?
Emmanuelle : " À bord d’un navire, qu’on soit un homme ou une femme, il n’y a aucune différence quand on est face à la mer. Le métier de marin réserve des surprises fascinantes. Je n’aime pas suivre une route toute tracée, je préfère savoir qu’à tout moment, il est possible de changer de mission et d‘environnement.
Pour les femmes qui se posent des questions, je leur dirai de persévérer et d’y croire coûte que coûte ! Elles ont autant leur place que les hommes à bord des navires. J’attends avec impatience de les voir sur la passerelle. "

Emmanuelle Jarnot nous montre avec brio que chaque femme peut réussir une carrière dans la marine marchande. Être ordonnée, rigoureuse et savoir communiquer sont les 3 fondamentaux pour concilier vie professionnelle et vie personnelle en tant que marin !

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